Le Mali est en guerre. Une guerre complexe, asymétrique, multidimensionnelle. Une guerre qui ne se limite pas à des affrontements classiques entre une armée régulière et des groupes terroristes, mais qui s’inscrit dans un rapport de force beaucoup plus large, où se mêlent intérêts géopolitiques des occidentaux, rivalités d’influence et stratégies de déstabilisation.

Sur le terrain, les groupes terroristes apparaissent de plus en plus structurés, équipés d’armes lourdes et de véhicules blindés, capables de mener des attaques coordonnées dans plusieurs zones stratégiques. Une telle capacité opérationnelle ne peut être interprétée comme un simple fait isolé. Elle interroge sur l’existence de soutiens logistiques, financiers et stratégiques qui dépassent largement le cadre local.

À ce stade, il devient difficile d’analyser la situation malienne en la réduisant à une lutte interne contre des groupes terroristes. Le Mali fait face à l’impérialisme occidentale : acteurs irréguliers, complicités internes, influences extérieures. Cette réalité impose une lecture lucide et sans naïveté.

L’attaque récente, d’une ampleur significative, ne doit ni être perçue comme une victoire décisive de l’ennemi (terroriste), ni comme un effondrement du pouvoir. Elle constitue avant tout un signal d’alerte stratégique. Une démonstration des failles existantes, notamment en matière de renseignement, de coordination et d’anticipation du pouvoir.

Car au cœur de cette guerre se trouve une question centrale : le renseignement.

Aucune offensive d’une telle précision et d’ampleur ne peut être menée sans une connaissance réelle du terrain, des cibles et des dispositifs de sécurité. Cela suppose, de manière évidente, l’existence de relais locaux des terroristes, de complicités internes et de réseaux d’information infiltrés dans les espaces urbains et stratégiques. Dès lors, une interrogation s’impose : les services de renseignement du pouvoir sont-ils aujourd’hui adaptés à la nature évolutive de la menace ?

Le Mali est appelé à opérer une refondation profonde de son système de renseignement. Cela implique :

  1. Une meilleure intégration du renseignement humain, notamment en milieu urbain ;
  2. Un renforcement des capacités d’anticipation et d’analyse stratégique ;
  3. Une coordination accrue entre les services civils et militaires ;

Et surtout, une implication structurée des populations.

Car dans ce type de conflit, la population n’est pas seulement un enjeu ou un spectateur : elle est un acteur. La victoire ne peut être obtenue sans une mobilisation consciente, organisée et encadrée des citoyens. Informer, former, sensibiliser et intégrer les communautés dans les dispositifs de vigilance devient une nécessité stratégique pour le pouvoir.

Sur le plan militaire, la doctrine de lutte mérite également d’être clarifiée. La reconquête territoriale, bien qu’essentielle, ne constitue pas en soi une victoire définitive. Une ville libérée peut être à nouveau attaquée si les réseaux ennemis demeurent actifs. La véritable victoire réside dans la neutralisation durable des capacités opérationnelles des groupes terroristes, sur l’ensemble du territoire.

Cela suppose une stratégie combinée : pression militaire constante, démantèlement des réseaux de soutien, contrôle des flux logistiques et assèchement des sources de financement.

Le combat que mènent le Mali, le Niger et le Burkina Faso s’inscrit dans une dynamique historique. Il s’agit d’une lutte pour la souveraineté réelle, au-delà des indépendances formelles. Une lutte qui rappelle, sous d’autres formes, les grandes séquences de domination que le continent africain a connues.

De la traite négrière de 1400 à 1800, à la colonisation 1800 en 1960, en passant par les rébellions instrumentalisées 1980 en l’an 2000 et les conflits entretenus, les mécanismes de contrôle ont évolué sans jamais disparaître totalement, c’est du néocolonialisme. Aujourd’hui, le terrorisme, dans certaines de ses manifestations, apparaît comme un vecteur moderne de déstabilisation et de pression géopolitique.

Face à cela, certaines voix prônent la négociation avec les groupes terroristes. Une telle option, dans le contexte actuel, soulève de sérieuses interrogations. Négocier, avec qui ? Sur quelles bases ? Et à quel prix ?

L’expérience de plusieurs États montre que les compromis fragiles avec des groupes armés peuvent engendrer des cycles prolongés d’instabilité. Dans une logique de souveraineté, toute négociation qui ne garantit pas la fin réelle de la menace comporte un risque d’affaiblissement et la division structurel de l’État.

Si aujourd’hui les dirigeants actuels de l’AES font face à de sérieuses difficultés, c’est aussi parce que leurs prédécesseurs n’ont pas mené la lutte avec fermeté, préférant des compromis dont les conséquences sont visibles aujourd’hui.

Les dirigeants actuels de l’Alliance des États du Sahel (AES) portent une responsabilité historique. Leur particularité réside dans leur trajectoire : ce sont des hommes issus des forces de défense, ayant une connaissance directe du terrain et des réalités du combat.

Leur marge d’erreur est étroite, mais leur légitimité repose précisément sur leur capacité à transformer cette expérience en stratégie efficace.

Le combat sera long, coûteux et exigeant. Mais il est fondamental. Il ne s’agit pas seulement de sécurité, mais de survie étatique, de dignité collective et de souveraineté.

Dans cette épreuve, les peuples du Mali, du Niger et du Burkina Faso font face à un moment décisif de leur histoire et de leur souveraineté.

Force et courage aux peuples frères qui traversent aujourd’hui une épreuve difficile dans la défense de leur souveraineté.

Condé Mohamed / Condé Le Juriste

Analyste