CONAKRY – La salle d’audience de la CRIEF a de nouveau été le théâtre d’un face-à-face tendu ce lundi 27 avril 2026, lors de la comparution de Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.
À la barre, l’ancien haut magistrat a maintenu une ligne de défense constante : celle du déni de toute implication dans la gestion directe des fonds publics durant son passage à la tête de l’institution entre 2015 et 2021.
Interrogé longuement par le juge Alpha Camara et les représentants du parquet spécial, Mohamed Lamine Bangoura a insisté sur son parcours académique et professionnel pour justifier l’origine de ses biens.
Ancien enseignant-chercheur, puis doyen de la faculté de droit de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia entre 2009 et 2015, il affirme avoir perçu un salaire mensuel d’environ 6 millions de francs guinéens. Il évoque également ses activités de consultant indépendant dans les domaines minier et électoral, avec des rémunérations pouvant atteindre 800 000 francs guinéens par jour.
Selon ses déclarations, ces revenus cumulés expliqueraient la constitution de son patrimoine immobilier, notamment des biens situés à Nongo et à Dakar.
Nommé à la Cour constitutionnelle lors de sa création en 2015, puis élevé à sa présidence en 2018, il affirme avoir perçu successivement un salaire mensuel de 21 millions puis de 75 millions de francs guinéens.
Face aux accusations portant sur sa gestion, il soutient n’avoir jamais exercé de contrôle direct sur les finances de l’institution.
« Je n’ai jamais pris l’initiative de gérer les fonds de la Cour. Je ne pouvais même pas. Quand je suis arrivé, les salaires avaient déjà été majorés », a-t-il déclaré à la barre.
L’un des axes majeurs du dossier reste la question de la déclaration des biens. Sur ce point, Mohamed Lamine Bangoura a reconnu ne pas s’y être soumis, justifiant cela par l’absence, selon lui, d’un cadre institutionnel structuré à l’époque.
Une argumentation qui soulève, en toile de fond, la problématique plus large de la culture de transparence dans les hautes fonctions publiques.
Poursuivi par l’Agent judiciaire de l’État, l’ancien président de la Cour constitutionnelle continue de rejeter l’ensemble des charges retenues contre lui. Mais au-delà du cas individuel, cette affaire pose une question centrale : celle de la responsabilité financière et morale des dirigeants d’institutions constitutionnelles dans la gestion des deniers publics.
En l’absence de l’avocat de l’Agent judiciaire de l’État, l’audience a été renvoyée au 4 mai 2026, date à laquelle un autre acteur clé du dossier, Lancinet Kanko Camara, est attendu à la barre.
Dans un contexte où la CRIEF s’impose progressivement comme un instrument majeur de lutte contre la délinquance économique en Guinée, ce procès apparaît comme un test de crédibilité autant pour la justice que pour les standards de gouvernance publique.
Un dossier à suivre, tant il cristallise les tensions entre responsabilité institutionnelle, patrimoine personnel et exigence de transparence dans la gestion de l’État.
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