Condamné pour vente illégale de médicaments, Amadou Kourouma paie le prix d'un choix illégal. Mais derrière le verdict de la CRIEF se cache aussi le drame social d'un homme que la précarité a poussé vers l'interdit.

La décision de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) est tombée comme un rappel à l'ordre : nul ne peut se substituer aux professionnels de santé ni commercialiser des produits pharmaceutiques en dehors du cadre légal.

 En condamnant Amadou Kourouma à 18 mois d'emprisonnement dont 10 avec sursis et à une amende de cinq millions de francs guinéens, la justice a voulu protéger un principe fondamental : la santé publique n'est pas négociable

Les faits sont graves. La détention et la vente de médicaments par une personne non habilitée exposent les consommateurs à des risques considérables. Dans un pays où la lutte contre les faux médicaments demeure un défi permanent, la fermeté judiciaire apparaît comme une nécessité. La vie humaine ne peut être sacrifiée sur l'autel du commerce informel.

Pourtant, réduire cette affaire à une simple infraction serait passer à côté d'une réalité plus profonde. À la barre, le prévenu n'a pas cherché à nier totalement les faits. Il a invoqué la pauvreté, la perte de son emploi et l'absence de perspectives économiques pour justifier son passage à l'acte. Des arguments qui ne l'excusent pas, mais qui interrogent. 

Car derrière chaque carton de médicaments vendu illégalement se cache parfois une histoire de survie. La fermeture des dépôts pharmaceutiques informels, mesure indispensable pour assainir le secteur, a également laissé de nombreux travailleurs sans activité. Lorsque les mécanismes de reconversion ou d'accompagnement social font défaut, certains choisissent malheureusement des voies contraires à la loi.

La justice a donc rendu son verdict. Mais la société doit aussi tirer les leçons de cette affaire. Réprimer est nécessaire ; prévenir l'est tout autant. La lutte contre le trafic de médicaments exige non seulement des sanctions exemplaires, mais également des politiques capables d'offrir des alternatives économiques à ceux qui vivent à la marge.

Le dossier Amadou Kourouma rappelle une vérité souvent oubliée : lorsque la misère rencontre l'illégalité, la justice sanctionne l'acte, mais la société demeure responsable des conditions qui l'ont rendu possible.

 Entre protection de la santé publique et lutte contre la précarité, la Guinée est appelée à gagner ces deux combats simultanément.