À l’approche des échéances scolaires décisives, le climat social dans le secteur de l’éducation en Guinée se tend à nouveau. Entre menaces de reprise de la grève et divergences stratégiques au sein des organisations syndicales, l’école guinéenne se retrouve au cœur d’une incertitude préoccupante. La rupture du front syndical, autrefois uni, rebat les cartes du rapport de force avec le gouvernement et pose une question essentielle : le mouvement peut-il réellement s’imposer sans consensus ?
https://www.magjury.org/inscription
La fracture au sein de l’intersyndicale de l’éducation guinéenne est désormais consommée. Depuis l’assemblée générale du samedi 11 avril 2026 à la Bourse du Travail de Conakry, l’intersyndicale FSPE-SNE a officialisé l’exclusion du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG). Cette rupture, confirmée par plusieurs médias, marque la fin d’un front syndical unitaire qui avait prévalu lors de la grève suspendue de décembre 2025 à janvier 2026.
D’un côté, Michel Pépé Balamou, secrétaire général du SNE et porte-parole de la FSPE-SNE, maintient la pression : un moratoire de cinq jours est accordé au gouvernement jusqu’au vendredi 17 avril pour la mise en place effective des trois commissions techniques prévues par le protocole d’accord du 3 janvier 2026, portant sur le statut particulier, les primes de fonction et les ex-contractuels. Passé ce délai, « un simple communiqué de levée de suspension suffira » pour relancer la grève générale et illimitée dès le lundi 20 avril 2026. La FSPE-SNE accuse explicitement le SLECG de ne plus défendre les intérêts des enseignants et de s’associer au gouvernement.
De l’autre côté, le SLECG, dirigé par Aboubacar Soumah, refuse de suivre cette ligne. Dans une déclaration relayée par plusieurs organes de presse ce week-end, le secrétaire général a été clair : « Personne ne peut nous entraîner dans une grève tant que les négociations se poursuivent et que nous espérons obtenir satisfaction. Lorsque le gouvernement est disposé à dialoguer et que les négociations produisent des acquis, il n’est pas responsable d’abandonner la table des discussions pour déclencher une grève. » Le SLECG privilégie donc le dialogue et estime que le moment n’est pas venu de durcir le ton, tout en reconnaissant les retards dans l’application du protocole.
Le constat factuel est le suivant : une grève reste possible, mais sans unité syndicale. La question centrale posée par la presse guinéenne ces dernières 48 heures est désormais de savoir si la grève en embuscade peut avoir lieu sans le SLECG.
Techniquement, cela reste possible. La grève de décembre 2025 n’ayant été que suspendue et non levée, la FSPE-SNE, en tant que composante autonome, peut la relancer par simple communiqué, sans nouveau préavis ni accord du SLECG. Plusieurs organes presses, notamment Vision Guinée, Le Djely, Guineenews et Repère Guinée, soulignent que l’assemblée générale du 11 avril a conféré à la base FSPE-SNE une légitimité souveraine pour décider seule.
Cependant, l’impact pourrait être affaibli. L’absence du SLECG, qui demeure un syndicat influent parmi les enseignants, notamment dans certaines régions et chez les contractuels, fragilise la perspective d’une paralysie totale du système éducatif. Les médias observent que cette division pourrait limiter la mobilisation dans les écoles publiques et privées, réduire la pression sur le gouvernement et compliquer la perception auprès des parents d’élèves et de l’opinion publique. Le timing reste néanmoins critique : à deux mois des examens nationaux, prévus du 20 juin au 6 juillet 2026, une grève, même partielle, risquerait de perturber les révisions.
Le gouvernement, à travers le Premier ministre Amadou Oury Bah, se retrouve face à un double discours syndical : une partie, la FSPE-SNE, en position d’ultimatum, et une autre, le SLECG, ouverte au dialogue. Cette situation inédite pourrait, selon certains observateurs, offrir une marge de manœuvre aux autorités pour négocier séparément ou accélérer la mise en place des commissions techniques avant l’échéance de vendredi.
À ce stade du moratoire, en ce lundi 13 avril, aucune grève n’a été déclenchée. La FSPE-SNE dispose de la capacité de lancer le mouvement le 20 avril sans le SLECG, mais la division syndicale modifie profondément la dynamique observée lors des grèves unitaires du passé. Tout dépendra des résultats des négociations en cours durant cette semaine décisive.
La presse guinéenne, dans toute sa diversité, entre médias en ligne, radios et réseaux sociaux, suit l’évolution de la situation heure par heure. Les regards restent tournés vers le gouvernement et les deux camps syndicaux. Un accord de dernière minute pourrait encore inverser la tendance, tandis qu’un échec ouvrirait la voie à une grève partielle mais bien réelle.
MAGJURY reste ouvert. La semaine qui commence sera déterminante pour l’école guinéenne.
Commentaires (0)