En Guinée, la saison des pluies n’est plus seulement synonyme de fertilité, de renouveau ou d’espérance. Elle devient, pour de nombreuses familles, une période d’angoisse, de pertes humaines et de drames silencieux. Dans cet entretien de décryptage, Mohamed Camara MC, connu pour ses analyses sociales et son regard critique sur la gouvernance publique, livre une réflexion profonde sur ce qu’il appelle « le deuil anticipé ».

MAGJURY : Mohamed Camara MC, pourquoi parlez-vous de “deuil anticipé” lorsque vous évoquez la pluie en Guinée ?

Mohamed Camara MC :
Parce qu’en Guinée, particulièrement à Conakry, la pluie ne rassure plus. Elle inquiète. Avant même que la première goutte ne tombe, des familles vivent déjà dans la peur : peur de voir leur maison emportée, peur de perdre un proche, peur de se réveiller sous les eaux. Chaque nuage noir devient une menace. C’est cela, le deuil anticipé : pleurer avant même que le drame n’arrive.

MAGJURY : Selon vous, cette situation est-elle naturelle ou relève-t-elle d’un problème de gouvernance ?

Mohamed Camara MC :
La pluie est naturelle, mais la catastrophe est souvent humaine. Le véritable problème, c’est l’absence d’anticipation dans la gouvernance. Nous avons des caniveaux obstrués, des constructions anarchiques, des routes sans drainage efficace, des quartiers entiers bâtis dans des zones à risque. La pluie ne fait que révéler ce que la mauvaise gouvernance a laissé pourrir pendant des années.

MAGJURY : Vous insistez particulièrement sur le cas de Conakry. Pourquoi ?

Mohamed Camara MC :
Parce que Conakry est une ville extrêmement vulnérable. Elle est presque encerclée par l’océan Atlantique. Cela offre des opportunités économiques, notamment dans la pêche, mais cela représente aussi un immense danger face à l’élévation du niveau de la mer. Avec les fortes pluies et la montée des eaux océaniques, le risque devient structurel. Certaines zones côtières pourraient être durablement submergées si rien n’est fait.

MAGJURY : Le changement climatique aggrave-t-il cette situation ?

Mohamed Camara MC :
Absolument. Les études montrent que dans les pays tropicaux et équatoriaux, les saisons de pluie deviennent plus intenses et les saisons sèches plus extrêmes. Le dérèglement climatique n’est plus une théorie lointaine, il est visible dans notre quotidien. La chaleur devient plus agressive, les pluies plus violentes. Si l’État ne prépare pas la population à cette nouvelle réalité, nous allons vers des crises répétitives.

MAGJURY : Vous semblez critiquer fortement l’attitude de l’État…

Mohamed Camara MC :
Oui, parce que gouverner, c’est anticiper. Un État sérieux ne se contente pas de réagir après les drames. Il prévoit, il alerte, il protège. En Guinée, trop souvent, la gouvernance ressemble davantage à de la propagande qu’à une véritable politique publique. Pendant que les populations vivent dans la peur, les réponses structurelles tardent. Il faut une politique d’urbanisation adaptée, une gestion moderne des eaux pluviales et une vraie stratégie de prévention.

MAGJURY : Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens et aux décideurs ?

Mohamed Camara MC :
Lorsque l’eau attriste, les larmes doivent devenir des digues. Nous ne pouvons pas continuer à subir chaque année les mêmes drames comme une fatalité. Il faut transformer la douleur en action. Un peuple qui avance est un peuple qui prévoit. Et un gouvernement responsable est celui qui refuse d’être surpris par des catastrophes prévisibles.

La Guinée est un pays confronté à de multiples crises. La pluie devient alors un symbole paradoxal : elle purifie la terre, mais elle noie aussi l’espoir. Il est temps que la gouvernance cesse d’être spectatrice et devienne enfin protectrice.

Propos recueillis dans le cadre du Décryptage avec Mohamed Camara MC
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