À la Banque Centrale de la République de Guinée, un préavis de grève relance la polémique. La direction assure avoir déjà accordé l’essentiel des revendications passées et dénonce aujourd’hui des demandes jugées excessives, dans un contexte de résultats qu’elle dit fragiles.

La question n’est pas de contester le droit de grève. Il est constitutionnel, légitime, et souvent nécessaire quand le dialogue social se grippe. Mais à la BCRG, la situation pose une autre interrogation : à quel moment une revendication cesse-t-elle d’être un rattrapage social pour devenir une surenchère ?

Les chiffres avancés par la direction sont lourds : rémunération minimale au-dessus de 250 millions de GNF par an, revalorisations successives sur plusieurs années, hausse exceptionnelle en 2023, et une série d’avantages rarement observés dans le pays avance de salaire sur deux ans sans intérêts, dispositifs sanitaires, mesures d’accompagnement social. Ce tableau, s’il est exact, dessine une réalité : le personnel de la Banque évolue déjà dans un régime privilégié.

Face à cela, réclamer un empilement de primes (rentrée, habillement, congés, 14ᵉ mois, intéressement sur bénéfices) revient à déplacer le débat : on ne parle plus d’améliorer des conditions, mais de redéfinir le modèle de rémunération de l’institution. Or une banque centrale n’est pas une entreprise ordinaire : sa stabilité, son image et sa continuité de service touchent directement la confiance économique.

L’autre risque est politique : quand la revendication devient un instrument de campagne syndicale, la grève perd sa force morale et devient une stratégie. Et c’est tout le dialogue social qui s’abîme, au détriment des travailleurs eux-mêmes.

Dans ce bras de fer, une chose est sûre : à la BCRG, la bataille ne se jouera pas seulement sur les primes mais sur la crédibilité des uns, la responsabilité des autres, et la capacité à préserver l’essentiel sans céder à l’excès.

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